Un bout de terre Corse

L'ennemi n'est qu'à une vingtaine de mètres, terré lui aussi dans la boue des tranchées. À portée de baïonnettes. Dans chaque camp, on gagne quelques centimètres par jour au prix de lourdes pertes. Pour parfois reculer de plusieurs mètres le lendemain. Mais en cet hiver 1915, pour saper le moral des « boches », les Corses du 373e régiment de réservistes, ont une spécialité : ils creusent des galeries souterraines.

Profonds de 80 mètres parfois, ces tunnels leur permettent de surgir sur les positions arrières de l'ennemi et de saboter les pièces d'artillerie. Pour la « revanche », le pays est prêt à tout, y compris à transformer ses hommes en taupes. Envoyés au charbon, ils n'avaient rien de jeunes soldats fringants puisque le plus âgé avait 47 ans. Surtout dans les campagnes, il fallait bien trouver de la chair pour nourrir les canons.

« Vieux, tristes et sans entrain »

Au cœur de la forêt vosgienne décimée, entre deux assauts, ils immortalisent leur passage dans la roche : « Vive la Corse »gravé à la baïonnette avec le numéro du régiment et la date. Le souvenir de ces héros n'est pourtant pas que minéral. Dans les Vosges, la population et les lieux publics se souviennent encore de leur engagement.

Sur un panneau, près du col de la Chapelotte où ils tenaient leur position, une inscription : « En souvenir des soldats corses et méridionaux morts ici en combattant pour une juste cause. Les châtaigniers qui prospèrent sur ce sol sont un souvenir de leur passage et de leur beau pays. »

Pourtant, les débuts n'étaient pas flatteurs pour ces hommes aux « barbes et cheveux grisonnants, blancs parfois et aux vieilles figures tannées par le soleil ». Leur chef, le lieutenant-colonel Bruté de Rémur raconte : « La première impression que produisit le 373e ne fut pas très favorable : les hommes avaient l'air vieux, tristes et sans entrain. »

Et pour cause, ils allaient connaître l'enfer, dans une langue qu'ils ne connaissaient pas, loin de chez eux. Sous une pluie d'obus (jusqu'à 1 000 en un jour) ils tiendront héroïquement le col de la Chapelotte jusqu'en 1916. 

Un bloc de granit de 2 m 70 s'élève sous les sapins, à 50 m des anciennes lignes allemandes, surmonté d'un mouflon, symbole de liberté. Les Corses, comme tant d'autres durant le conflit, ont eu leurs Thermopyles, pour une cause dont beaucoup, au fond, ne savaient rien. En terre amie, justice leur est rendue.

Extrait : Corse matin du 09 juillet 2012.

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